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 Chroniques de la Grande Hérésie

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Galahad
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MessageSujet: Chroniques de la Grande Hérésie   Jeu 17 Nov - 23:22

Chroniques de la Grande Hérésie, Tome I(Thibault Clairfeux)

Je me réveillais en sursaut cette-nuit là, comme beaucoup d’autres nuits avant.
Depuis trois lunes, je ne savais pourquoi, je me réveillais, en pleine nuit, inquiet, scrutant sans me lever de ma paillasse les alentours du dortoir de la caserne.
J’écoutais, en serrant mon arbalète, le murmure du vent, le bruit des oiseaux nocturnes se posant sur les chaumes, le craquement de la charpente, et bien entendu le ronflement de mes frères d’armes. J’étais à la recherche du bruit suspect qui, j’en étais persuadé, allait trahir les mouvements d’un espion ou d’un assassin.

En effet, nous avions fort à faire ces derniers temps.
Notre compagnie débusquait bien sûr les habituels voleurs, chapardeurs, escrocs ou ribaudes, avec lesquels nous garnissions allègrement les cachots, au sous-sol de la caserne.
Alertés par des hurlements nocturnes, les villageois alentours avaient fait appel au capitaine Reinhardt pour aller vérifier une masure. C’est dans une cave que nous trouvâmes en pleine nuit ce qui semblait être un lieu de culte.
Récemment déserté, cet endroit était encore éclairé par quelques torches appliquées aux murs. La pièce, basse de plafond, voutée, avait été entièrement repeinte en rouge. Chacun semblait pris d’un malaise indéfinissable, qui nous empêchait d’entrer. C’est finalement le capitaine qui entreprit d’aller explorer ces lieux oppressants, en taxant ses hommes de femelles effarouchées.
Nous y vîmes des chaînes, une cage, ainsi qu’un autel semblait-il destiné à d’autres offices que ceux prescrits par le Seigneur. Une odeur fade mais tenace, entêtante, planait dans la pièce.
Jehan se précipita dans un coin sombre de la salle pour vomir.
Non loin, sur une table d’ébène finement sculptée, Siegfried découvrit un ensemble de lames, noires et luisantes, rehaussées d’or, et manifestement imprégnées de la marque de l’Impur.
Nous sortîmes bien vite, et Reinhard ordonna de raser complètement la maison, jusqu’à ses fondations.
Les deux années suivantes, les découvertes de ce type se multiplièrent, tant et si bien qu’elles devinrent presque banales. Les gens du peuple disparaissaient, et étaient retrouvés quelques jours plus tard empalés ou éviscérés vivants, mise en scène atroce des nouvelles messes noires.
Ce qui nous inquiétait davantage, c’est que nous n’en retrouvions jamais les auteurs. Jehan était persuadé que ceux qui commettaient ces horreurs étaient dotés de pouvoirs surnaturels, et de vieilles légendes de croque-mitaines et autres inepties commençaient à refaire surface.
Notre capitaine soupçonnait plutôt une vague conspiration mêlant de nombreux aristocrates, y compris et surtout dans sa hiérarchie.

C’est donc par une froide nuit d’hiver que je m’éveillais en sursaut.
Dans le noir, je ne retrouvais pas mon arbalète à côté de moi. J’entrepris de tâtonner alentours à sa recherche, et je fus surpris de rencontrer du bout des doigts un liquide poisseux et tiède. Je remis enfin la main sur mon arme, et, en la faisant glisser vers moi, provoquais un léger crissement.
Des pas, raisonnant sur le plancher, se rapprochèrent distinctement de moi. Je roulais sur le côté, et vis s’écraser à ma place le fer d’une masse de taille conséquente.
J’abattis l’arbrier de mon arme sur le pied de l’intrus. Un hurlement s’ensuivit, et, tandis que je me relevais, Reinhardt surgissait à l’entrée du dortoir, sa hache d’une main, une torche de l’autre. D’abord aveuglé par la lumière, je découvrais mon agresseur au milieu des cadavres de mes camarades.
L’homme, de grande stature, était couvert d’un long manteau de cuir noir, sa tête couverte d’une aumusse à ventail, de façon à ce qu’on ne le reconnaisse pas. Il tenait une masse ronde hérissée de pointes, qu’il avait maladroitement envoyée s’écraser contre le plancher.
Je parvins à me relever, malgré le sol rendu glissant par le sang qui le maculait. Levant les yeux vers le capitaine venu à mon secours, je m’aperçus qu’une grimace s’était figée sur son visage. Il s’effondra de tout son long, une lame d’obsidienne plantée dans le dos. Encore hagard, profitant de la maladresse de mon agresseur, je sautai par la fenêtre du dortoir, cramponné à mon arbalète. Pieds nus, un saut d’un étage me fit un peu souffrir, mais la précipitation et la peur me poussa à m’enfuir aussi vite que je le pouvais, peut-être pour chercher de l’aide, peut-être pour me cacher. C’est finalement arrivé aux portes de la ville que je consentis à me retourner. Je n’avais pas remarqué lors de ma fuite la lueur qui émanait de la ville, maintenant en flammes. Des habitants, paniqués cherchaient à s’extraire de leurs maisons, les bandits et pillards couraient dans les rues les mains emplies de leur butin. D’autres encore restaient prostrés au seuil de leur demeure, contemplant le chaos qui s’étendait sous leurs yeux.
Je repris mes esprits et entrai dans le poste de garde, à la recherche d’équipement. L’épéiste qui s’y trouvait avait été égorgé, et baignait maintenant dans son sang. Je lui pris ses bottes et son casque, et, dans la remise, trouvai un tonnelet de carreaux et une dague, parmi un fatras de tonneaux, de caisses et d’armes en tous genres.
Je ressortais prudemment du bâtiment, lorsque j’entendis un homme m’interpeller.

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Dernière édition par le Sam 19 Nov - 16:41, édité 1 fois
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Galahad
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MessageSujet: Re: Chroniques de la Grande Hérésie   Sam 19 Nov - 16:40

Chroniques de la Grande Hérésie, Tome II(Thibault Clairfeux)

- Garde, ta cité a succombé au péché, et la voilà purifiée par les flammes. Suis-nous vers Erlanges pour te battre à nos côtés, et ce sera là le début de ta rédemption.
Je me retournais vers mon interlocuteur.
Impressionné, j’eus d’abord un mouvement de recul : je crus d’abord voir un colosse de bronze, l’un de ces démons d’airain issu des histoires à dormir debout que Jehan nous racontait, paix à son âme. Cette couleur était due aux flammes qui se reflétaient sur une armure d’un poli irréprochable. Sa tête couverte d’une barbute, je ne parvenais pas même à discerner son regard. Ses larges spalières, recouvertes d’une peau de loup et peintes à ses armes marquaient sa noblesse. C’était l’un des Chevaliers de l’Ordre de la Louve, l’un des rares ordres restés fidèles au Tout Puissant en ces temps troublés. Il précédait un petit contingent plus ou moins disparate d’hommes apparemment épuisés, effrayés mais déterminés.
Je me décidais à balbutier quelques maladroites paroles :
- Pui…Puis-je vous demander, que devrons-nous faire à Erlanges, Monseigneur ?
- Ce qui s’est déroulé dans ta ville n’est pas phénomène isolé, nous avons affaire à un complot de grande envergure fomenté par l’Hérésie. Les derniers hommes purs se rassemblent là-bas, en royaume d’Addun. Nous espérons que son isolement vis-à-vis des humains corrompus d’Illis l’a protégée de l’influence du Malin. C’est à partir de là que nous lancerons une contre-attaque, m’indiqua-t-il d’une voix sûre.
Sur ce, je me joignis à ses hommes, et il nous ordonna de continuer la route vers le royaume des Elfes.
Je quittais cette folie de bon gré, et ne voyais de toute façon pas ce qui pourrait m’arriver de pire. J’aurais probablement fini étranglé par une sombre crapule pour un maigre larcin, ou massacré par quelque habitant rendu fou par un tel carnage.
C’est donc vers Erlanges que nous nous dirigions à présent, en pleine nuit, à la flamme de deux torches placées en début et fin de cortège.
J’eu tout le loisir de décompter, estimer, et juger mes compagnons d’infortune pendant le trajet. Le groupe était formé par un ensemble hétéroclite de guerriers issus des gardes et milices des villes attaquées. Nous n’étions pas plus d’une trentaine, dans un semblant d’ordre de marche. Certains étaient bien équipés, de lances, et de boucliers, ou de grandes lames flamboyantes. Ces joueurs d’épées arboraient des étoffes fines et abondamment colorées, et étaient eux-mêmes assez bien soignés. D’autres avaient semble-t-il constitué un équipement fait de bric et de broc, de pièces d’armures éparses et mal ajustées, cela donnait à vrai dire un aspect plutôt ridicule à notre étrange troupe. Le camarade qui marchait à mes côtés était quand à lui un pauvre vieux loqueteux, et je doutais fort qu’il sache utiliser l’épée qu’il avait entre les mains. Probablement l’avait-il arrachée aux mains crispées d’un pauvre hère mort dans les rues où il mendiait.

Le chevalier qui nous commandait nom imposait une marche forcée, peut être depuis deux heures. Lui-même, pourtant en armure lourde, ne semblait nullement en souffrir. Il ne se retournait jamais, ne se troublait même pas lorsque l’on apercevait les villes dans le lointain, gigantesques flambeaux dont nous sentions jusqu’ici les fumées âcres et piquantes. Il fallait seulement faire vite, pour sauver ce qui pouvait encore l’être.

Nous arrivâmes enfin à Erlanges. La ville ne semblait pas avoir succombé aux flammes, mais une effervescence inhabituelle l’animait. Au fur et à mesure que nous nous avancions dans ses grandes rues, nous rencontrions d’autres troupes, mais aussi des blessés, des centaines de blessés, amenés par charrettes pleines, allongés et soignés à même le pavé glacé. Les sœurs allaient de l’un à l’autre, enjambant les corps, tantôt pour rassurer, tantôt pour recevoir les dernières confessions. Les linges souillés du sang des victimes s’entassaient dans les ruelles, que quelques cantonniers se chargeaient de dégager pour libérer le passage. Il fallait en permanence chasser les chiens errants, attirés par l’odeur du sang. Il leurs arrivait parfois d’arriver à chiper aux fisiciens et médecins quelque membre fraîchement amputé et jeté négligemment sur un tas d’ordures.

Notre meneur nous guida finalement sur la grand-place. Là, quelques centaines d’hommes étaient parvenus à s’entasser pour écouter un chevalier, juché sur une estrade improvisée.
- Nous, annonçait-il, chevaliers de la ligue, nous allons avec votre aide rétablir l’ordre en ces temps troublés, et écraser cette odieuse insurrection.
- Et de quel droit t’arroges-tu notre commandement, membre de la guilde ? Lança un autre chevalier de l’assistance.
- Nous sommes le seul ordre assez puissant pour assumer cette tâche, rétorqua-t-il. Regardez-vous, soudards, cela fait longtemps que votre ordre a troqué l’épée pour la pinte, et le bouclier pour la hanche d’une courtisane.
Le discours s’envenima, chaque ordre de chevalerie présent vomissant tonnes d’insultes sur l’autre, réveillant de vieilles rancunes centenaires. Les armes étaient dégainées de leurs fourreaux, et brandies avec force pour accompagner le flot de haine qui se déversait à l’encontre de l’autre.
Un messager en broigne fit irruption dans la place, empêchant de peu un nouveau bain de sang fratricide. Le roncin s’enfonça dans la foule, pour amener son cavalier à l’estrade.
Le silence se fit, et seuls les gémissements des blessés non loin se faisaient entendre.
-Messeigneurs annonça-t-il, à bout de souffle. Je viens de la garnison de la passe de Charon. Des choses terribles se passent, les sols s’ouvrent, des choses hideuses en sortent et attaquent quiconque ne court pas assez vite pour leur échapper. C’est la fin des temps, l’apocalypse, vous devez nous aider à combattre ces choses avant qu’elles n’envahissent complètement notre monde !

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Galahad
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MessageSujet: Re: Chroniques de la Grande Hérésie   Lun 21 Nov - 0:27

Chroniques de la Grande Hérésie, Tome III (Thibault Clairfeux)

La stupéfaction acheva les dernières velléités des plus agressifs. Les unités se rassemblèrent naturellement, et les éléments solitaires rejoignaient des compagnies plus importantes. Seuls les chevaliers ne se mélangeaient pas aux autres ordres, et s’isolaient à vrai dire de tout individu qui ne portait pas leurs couleurs.
C’est donc à une garnison d’arbalétriers d’Erlanges que je fus intégré. Ils me reçurent chaleureusement, m’offrant une rasade d’une vinasse coupée à l’eau et conservée dans une gourde en peau de chèvre. On m’offrit également un pavois de leur régiment, ce dernier portait encore le sang de son ancien propriétaire. Il nous fut ordonné de sortir aux portes de la ville. Nous comptions quelques milliers d’hommes, arbalétriers, archers, et au-devant de nous se trouvaient les hommes de troupes, les sergents d’armes et les fantassins lourds. Les quelques prêtres qui avaient réchappé à l’Hérésie étaient déjà en train de nous bénir pour la bataille à venir, à laquelle eux-mêmes participeraient très certainement.
Nous pouvions encore apercevoir sur nos flancs peut-être deux cents chevaliers lourds des différents ordres querelleurs. Ils étaient accompagnés de leur suite d’escuyers, eux-mêmes à cheval. Malgré l’allure hétéroclite de nos troupes, nous avions l’impression de constituer une vraie armée unifiée par notre foi, celle en notre Seigneur.
C’est avec une grande joie que nous vîmes arriver dans notre dos le convoi de Sire de Peyreirac, grand seigneur fort apprécié de ma province. Il amenait avec lui une quarantaine de cavaliers armés de pied en cape, mais surtout une vingtaine de machines de guerres démontées et transportées à dos de cheval. Les armes se levèrent à l’unisson dans un brouhaha de cris à l’approche du précieux allié.
Nous nous mîmes donc en route vers la passe de Charon. Trop absorbé par ce spectacle, je n’avais pas remarqué qu’il s’était mis à pleuvoir, et je ne m’en rendis compte que lorsque mes vêtements me collèrent au corps.

Nous fut à nouveau imposée une marche forcée de plusieurs heures à travers les mornes plaines d’Addun. Personne ne savait exactement ce que nous allions rencontrer, et le moral des troupes commençait à les quitter au fil du trajet. La boue maculait maintenant les chausses et les vêtements des soldats, rendant encore plus pénible la marche.
C’est peut être en une demi-journée de marche que nous arrivâmes, exténués, à la passe.
Curieusement, le soleil ne s’était pas levé. Ou plutôt, la couche nuageuse était tellement basse, dense et noire que ses rayons ne pouvaient filtrer. On aurait dit que les géants des montagnes avaient allumé les charbons de leurs mille forges.
Il y avait déjà quelques troupes sur les lieux, et notre venue souleva une rumeur dans tout le vallon.
Tous les régiments d’arbalétriers et archers trouvèrent une place idéale au sommet de deux collines surplombant la passe. Ma compagnie était donc placée au sommet de la colline à dextre. Nous plaçâmes au-devant de nous des mantelets de fortune, assemblages de portes et de planches en bois. Derrière nous, les servants d’arme s’affairaient à monter leurs machines de guerre. Les balistes et mangonneaux furent bientôt prêts en un temps record.
En-deçà de nous s’avançaient l’essentiel de la cavalerie lourde, les fantassins, et les quelques prêtres qui subsistaient.
Je fus surpris de voir une troupe naine, dont le capitaine était à priori en train de s’entretenir avec l’un de nos chevaliers. Probablement venait-elle des montagnes non loin, et souffrait déjà de l’avancée de l’Ennemi.
Je cherchais maintenant l’ennemi inconnu que nous devions combattre. Au loin, la rivière Ol. C’est au-delà d’elle que je concentrais mes yeux. Rien ne paraissait. Seulement la haute silhouette des peupliers s’agitant dans le vent. Vent maudit d’ailleurs, qui nous glaçait les sangs et nous remuait les humeurs, en fouettant nos vêtements trempés.
Ce fut d’abord un effrayant son provenant de la rivière que nous entendîmes. Une sorte de corne de brume, ou plutôt d’olifant. Le son se répercuta sur les parois abruptes du vallon, faisant raisonner un sinistre chant venu des enfers.
Ce fut d’abord quelques paires de lanternes rouges que nous discernâmes au loin. Puis très vite un véritable chapelet, semblable aux guirlandes de la nouvelle année que l’on installe en travers des ruelles. Bientôt, ce fut une mer de ces scintillements rouges, qui s’agitaient de manière désordonnée, sorte de danse macabre qui annonçait probablement notre funeste destin.
A cette vue, chacun de mes camarades chargea son arme, les chevaliers et sergents en contrebas sonnèrent le rassemblement. Derrière nous, ce sont les servants des machines de guerre qui enflammèrent leurs munitions de poix ou de naphta.
De même, les archers de la colline à senestre allumaient une première volée de flèches.
C’est un mangonneau qui eût l’initiative de l’attaque, pour un tir d’ajustement. Un boulet enflammé s’envola de derrière nos têtes, pour aller s’écraser bien derrière les lignes ennemies. Enfin, c’est ce que nous crûmes : quelques flammes s’agitèrent dans le lointain : nous avions bien touché quelque chose.
Un autre boulet atterrit au milieu de La Horde. Cette fois, les flammes nous permirent d’apercevoir l’ennemi. Les créatures étaient si serrées que l’on apercevait à peine le sol. La plupart d’entre elles arboraient une peau noir de jais et luisante, semblable à la carapace de certains insectes. Griffes et dents saillantes, voutées sur elles mêmes, elles faisaient tout de même preuve d’une grande vivacité.
D’autres étaient beaucoup plus hautes, musculeuse, leur crâne chauve surmonté de deux cornes de bélier. Elles tenaient de grandes épées de bronze à deux mains, marquées des symboles que nous avions retrouvés à maintes reprises sur les lieux des cultes noirs.
D’autres enfin, moins nombreux, dominaient cette masse grouillante de plusieurs têtes. Leurs membres fins et allongés en faisaient des parodies d’êtres humains. Ils se mouvaient toutefois d’une façon fort élégante, et leur corps élancé ne les empêchait pas de manipuler de grandes faux en arcs de cercle, impatients qu’ils étaient de perpétrer un nouveau massacre.
Les projectiles qui leurs étaient lancés commencèrent à exciter leur colère : La Horde se mit en branle, terrifiante marré rugissante et écumante de rage.

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MessageSujet: Re: Chroniques de la Grande Hérésie   Mer 15 Fév - 20:19

Chroniques de la Grande Hérésie, Tome IV (Thibault Clairfeux)

Que le Seigneur me pardonne, je n’enviais pas ceux qui se trouvaient en contrebas. Certaines lances des régiments d’hommes d’armes commençaient déjà à vaciller.
Les troupes non régulières avaient été placées au-devant d’eux, pour les dissuader de prendre la fuite, alors que les hurlements rauques des sergents et capitaines se noyaient vite dans le tumulte de La Horde.
C’est l’abnégation de nos prêtres continuant sans relâche les bénédictions qui maintenait le fragile moral des hommes.
Les chevaliers se dressaient en première ligne de nos troupes, tandis que leurs suivants peinaient à calmer leurs montures. Seuls les destriers, chevaux de guerre sélectionnés puis entraînés à affronter la peur et la mort, maintenaient constance et obéissance.
Tandis que j’évaluais nos troupes, des sorciers étaient apparus derrière nos lignes. A en juger par leurs riches vêtements tantôt de brun ou d’azur, rehaussés d’or et de pierreries, ils représentaient les écoles de terre et d’eau. Je ne connaissais guère ces gens, souvent issus des milieux les plus privilégiés. Les gens du peuple avaient appris à s’en méfier, peut être à raison, peut être par jalousie. Toujours est-il qu’ils ne se mélangeaient à la populace qu’en cas de nécessité, et gardaient égoïstement leurs pouvoirs pour leurs propres usages.
Ce fut finalement le son de l’olifant de bronze qui m’extirpa de mes pensées. Je distinguais au milieu des lignes ennemies une créature cornue, soufflant dans un cor aux formes tourmentées. Le son, dont l’origine était pourtant relativement lointaine, nous remuait les tripes et les humeurs, entamant un peu plus notre détermination.
Les seules réponses à ce sinistre vrombissement furent les cris de guerre des nains, qui s’étaient jusqu’à maintenant tenus à l’écart. Ils semblaient déterminés à en découdre, levant leurs armes au ciel, implorant quelque divinité barbare dans leur langue gutturale.
Ce n’était hélas pas le courage d’à peine deux cent valeureux nains qui allait nous sauver.
Ce furent les chevaliers qui lancèrent l’assaut. Impatients d’en découdre, les différents ordres ne purent refreiner leur impétuosité plus longtemps. Chacun voulait faire preuve de son courage, montrer qu’il valait bien mieux que chaque membre de la guilde adverse, devenue rivale.
C’est ainsi que les plus illustres représentants de la chevalerie baissèrent leurs lances, et éperonnèrent furieusement leur monture.
Je pouvais reconnaître le moribond Ordre de la Louve, la Guilde des Preux d’Azelone, Le Saint Ordre du Lys Pourpre, et même quelques membres du Cercle des Anciens. J’ignorais la signification de la livrée des autres ordres présents. C’était la première fois que je les voyais.
Dans cette précipitation, notre capitaine nous commanda de tirer sur les premiers rangs ennemis.
Derrière moi, les archers enflammèrent leurs pointes à l’aide de braseros disposés au-devant d’eux, plus pour nous permettre de voir nos prochaines cibles que pour causer davantage de dommages. Nous devions envoyer un maximum de traits avant l’impact de la charge. Les premières pluies de flèches nous rassurèrent : ces créatures étaient bien mortelles, et, quoique résistantes, trépassaient sous nos projectiles.
Quand à nous, arbalétriers, nous réarmions si vite que l’enfançon qui devait remplir nos tonnelets de carreaux peinait à remplir sa mission.
Après quelques minutes, alors que j’ajustais mon tir sur le crâne d’une énième créature, celui-ci fut emporté par le relevé puissant d’un marteau de guerre. Les premiers chevaliers étaient arrivés au contact, et leur formation en fer de lance leurs permit d’ouvrir de profondes brèches dans les rangs de La Horde.
Le servant d’une baliste installée non loin s’écria « Regardez, là-haut ! ». Chacun chercha dans les airs, et les regards furent facilement orientés vers la colline d’en face: une gigantesque créature ailée avait massacré notre contingent jumeau, et entreprenait maintenant de détruire les pierrières et balistes de soutient. Nous entendions d’ici les cris de terreur des servants, cherchant à fuir les griffes et crocs de cette horreur.
Le monstre développait de larges ailes membraneuses, et rappelait en bien des points les dragons de nos contes. Nous sûmes plus tard qu’il s’agissait d’une vouivre nichant dans le rempart nord, que les nains appelaient Gahrr’Olmok.
Les trois balistes subsistant sur notre colline pointèrent immédiatement leurs traits vers cette nouvelle menace, alors que nos propres carreaux retombaient avant de l’atteindre.

Une rumeur s’éleva dans notre dos. D’abord de nouveaux cris de guerre, mêlés et incompréhensibles. Chacun de nous traversa les installations de sièges, et accouru à l’autre extrémité de la colline pour observer l’arrivée de nos renforts. Il y avait là peut-être cinq mille hommes. Cette nouvelle armée avançait serrée, donnant l’impression d’une marrée complexe, ondulant sous l’effet du léger relief de la plaine. Ces troupes fraîches semblaient déterminées, scandant des chants de guerres, frappant armes contre boucliers dans monstrueux vacarme.
Nous ne savions pas d’où ces troupes pouvaient provenir, peut être de villages et clans lointains prévenus à retard, et désireux de défendre leur terre.
Les arcs des balistes claquaient sans relâche dans notre dos.
En concentrant mon regard dans la relative obscurité et la pluie, je pus décrire avec plus de précision les nouveaux arrivants. Tantôt de brun, de noir et de rouge, leurs vêtements ne me rappelaient que peu de chose. Certains d’entre eux brandissaient des piques, de grandes piques hautes comme deux hommes. Elles n’étaient décorées d’aucune bannière, mais d’une sorte d’idole à leur sommet. Non, de plus près, je reconnus la tête d’une femme, tranchée, et fichée à l’extrémité de la pique. Arrivant sur notre arrière-ligne, composée de hallebardiers, une sinistre clameur annonça l’armée hérétique, encore ivre des massacres perpétrés en nos terres.
Une vaste colonne d’eau s’éleva au milieu de nos propres troupes à cet instant, faisant voler puis s’écraser nos hallebardiers et épéistes. Les sorciers rejoignaient l’Hérésie.

Le désespoir acheva notre moral, et, terrorisés, nous cherchâmes où fuir.
C’est alors qu’un nouveau fracas meurtrit mes oreilles, tandis qu’une soudaine et puissante vibration de la terre me fit perdre pied. Le fracas du bois qui éclate, le fracas d’un choc puissant et sourd, le fracas annonçant la fin de mes camarades et de moi-même. Maintenant au sol, une intense douleur envahit rapidement mes jambes, puis tout mon corps. Mon casque s’écrasa contre mon visage, j’entendis mes côtes rompre, avant de sombrer dans l'obscurité.

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MessageSujet: Re: Chroniques de la Grande Hérésie   Mer 22 Mar - 0:49

Chroniques de la Grande Hérésie, Tome V (Thibault Clairfeux)

C’est la douce chaleur d’un soleil matinal caressant mes joues qui me réveilla. Je ne savais plus où j’étais, et cherchais un court instant comment j’étais arrivé là. La pluie avait cessé, mais la boue dans laquelle j’étais pris frigorifiait le reste de mon corps. Par chance, j’étais plaqué sur le dos et non sur le ventre, sans quoi j’aurais fini noyé dans une flaque de boue.
Je m’aperçus que je ne pouvais bouger. Une masse s’était écrasée sur moi.
Mon crâne me faisait atrocement mal, mes oreilles bourdonnaient. Je détachais nerveusement mon casque pour le lancer plus loin. Un filet de sang obscurcissait encore ma vue.
Petit à petit, le bourdonnement diminuait, me laissant distinguer la rumeur du combat en contrebas.
Il faisait toujours nuit. La lumière qui m’avait réveillée ne venait pas de l’astre solaire, mais, confuse, de loin derrière.
J’entrepris de m’extirper de la masse qui me plaquait encore au sol. Je n’arrivais pas à m’y agripper pour m’en séparer : mes mains glissaient invariablement sur sa surface lisse, brillante et sombre. C’est en attrapant une racine émergeant de la boue que je pus ainsi m’extraire de ma prison. J’eu enfin toutes les peines du monde à me relever, en m’appuyant sur l’arbrier de mon arbalète. Même si elles avaient du mal à me porter, la douleur dans les jambes me rassurait quelque peu : j’en avais encore l’usage. L’arme qui me servait maintenant de béquille n’avait pas eu cette chance, la tête avait éclaté, désolidarisant l’arc de son arbrier.
La chose qui m’avait fait tant souffrir luisait sous la mystérieuse lumière. Gahrr’Olmok avait finalement succombé sous nos traits. Le corps de la bête palpitait encore, ses ailes déchirées s’agitaient faiblement, mais son cou s’était brisé durant la chute. Son crâne rappelait celui de la chauve-souris, à ceci près que sa gueule était garnie de dents, ou plutôt de sabres. Je décidais tout de même de ne pas trop m’en approcher.
Rien ne semblait vivre alentours. Le peu d’arbres et arbustes disséminés sur nos collines avaient été pour la plupart fauchés ou calcinés. Semblables à quelques chandelles, certains flambaient encore dans le lointain, soulevant de discrètes volutes de fumée et de cendres incandescentes.
Sans trop le vouloir, je me dirigeais maintenant vers le bord de la colline pour observer le champ de bataille.
J’étais presque surpris de voir quelques-uns des nôtres bataillant encore. Encerclés par la Meute, les nains avaient formé un dernier carré autour de leur prince. Méthode efficace, puisqu’à peut être cent, ils parvenaient à repousser les incessants assauts de l’Ennemi.
Ailleurs, quelques piquiers désorganisés succombaient l’un après l’autre, en tentant de couvrir la fuite d’une poignée de chevaliers survivants. Ils peinant à se frayer un passage au marteau et à la hache parmi les hérétiques. L’un de leurs Héraults fut happé dans sa fuite par quelques griffes, avant de disparaître dans l’ombre d’une marée compacte, mêlant démons et hommes enragés.
Plus loin, vers l’ancien front, un nombre conséquent de prisonniers avait été constitué.
Il était étonnant que des créatures douées d’une telle barbarie soient capable de capturer les nôtres plutôt que de les massacrer. A présent, chacun était désarmé, ceux qui possédaient armures et riches vêtements étaient déshabillés. Certains, par fierté ou par désespoir, refusaient d’obtempérer, et se voyaient immédiatement passés par les armes.
Les têtes des soldats étaient rassemblées en un seul tas, au milieu de ce qui ressemblait de plus en plus à un vaste abattoir. Noyé par le sang, je ne parvenais plus à déterminer la couleur originelle du sol.
Les précurseurs des actuels 13 ordres impies se disputaient déjà le butin de leur victoire, avant même que les derniers des nôtres ne trépassent ou s’enfuient. Non, non, ils ne cherchaient pas les richesses, les armes ou armures, les bijoux ou les montures. Ils convoitaient seulement les prisonniers. Le souvenir des lieux de cultes que nous mettions régulièrement à jour me fit frissonner.
De cette boucherie sans nom émergèrent les différents caractères des Hereticus Perfectus, l’essence de la lie de notre monde.
Du sang des nôtres naquirent ceux dont on ne prononce le nom qu’à voix basse, à la manière des Minions de Bélial ou des Architectes du Feu Nouveau. L’Ordo Heresiarcha ne pouvait vraisemblablement plus unifier son belliqueux troupeau.
Une prêtresse noire devait sentir qu’elle était observée. Elle scruta le sommet des collines au-dessus d’elle, cherchant l’espion qui avait la prétention de poser son regard sur elle.
Handicapé par mes blessures, je ne pus me subtiliser à sa vue suffisamment rapidement.
D’en bas, elle me fixa dans les yeux.
Je ne pus bientôt plus détourner mon regard du siens. Pourtant éloignée, ses yeux haineux me captivaient, tandis que je sentais ma gorge se serrer. J’y portais instinctivement la main, sans pouvoir en atténuer une douleur qui se faisait maintenant proche de la brulure.

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Galahad
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MessageSujet: Re: Chroniques de la Grande Hérésie   Lun 2 Oct - 13:48

Chroniques de la Grande Hérésie, Tome VI (Thibault Clairfeux)

Brûlure qui se muait en insoutenable douleur, alors que je continuais à me perdre en un état quasi hypnotique. Les deux encoches que formaient ses yeux cernés de noir trahissaient la concentration de la traîtresse.
Un discret éclair d’argent mis fin à mes tourments. Le Seigneur protège le fidèle, et punit l’impure, c’est ainsi qu’il guida la mort à bonne destination.
Les yeux de l’hérétique se révulsèrent.
Le trait avait traversé son crâne de part en part, tandis que ce dernier exprimait son contenu le long du fût de la flèche.
La douleur avait disparu, et je ne sentais ni blessures, ni cloques, la peau semblait intacte.
Maintenant, les vainqueurs en contrebas s’activaient en tous sens. La plupart interrompaient leurs tractations, leurs mises à mort et autres jeux cruels, pour enfiler à nouveau leur équipement souillé.
Un nouveau bourdonnement se faisait maintenant entendre, si fort qu’il couvrait le tumulte dans la vallée. C’était plutôt une pulsation, un battement régulier, une nouvelle vie, un nouveau cœur, celui de notre Sainte Foi, celui du Seigneur.
La divine pureté atteignit mes oreilles, enveloppa mon corps et mon âme à travers le chant éclatant d’un ost en marche.
Je sentais un effleurement tiède à mon côté. Je tournais la tête, ne sachant encore quelle épreuve le Tout Puissant allait m’imposer.
Une enfant se tenait à côté de moi, et m’avait pris la main.
Je ne savais d’où elle venait, mais mon cœur savait cette présence inoffensive et apaisante.
Elle avait peut être huit printemps, et portait une large cape d’azur à capuche. De délicats lierres brodés d’argent couraient au long du vêtement, cernant ainsi le frais visage de la créature.
Celui-ci était bordé de tresses blondes, redescendant en cascade le long de ses joues.
Elle me regarda en souriant -réaction devenue dernièrement inhabituelle- puis pointa son doigt vers la vallée pour attirer à nouveau mon attention sur les évènements.
La douce lueur qui m’avait réveillé s’était muée en véritable embrasement, la vallée entière rayonnait maintenant de la chaleur divine.
Les chants de guerre ne se taisaient pas, les tambours reprenaient de plus belle, provoquant la panique de nombre d’hérétiques. Ils tournèrent les talons, pensant échapper à la juste fureur du Tout Puissant.
Seuls les plus fous et les plus corrompus restèrent aux côtés des démons. Ils tentaient de couvrir de leur voix celle du Seigneur, alors qu’ils ne parvenaient même pas à s’entendre eux-mêmes.
Une nuée de traits émergea de la lumière, puis une autre, délicate pluie de printemps qui s’abattait sur l’armée de l’Autre, pour en laver la souillure de ce monde.
Les démons tombaient par centaines, et tentaient donc d’approcher l’ost salvateur. Ils ne le pouvaient, semblaient être repoussés, avant de tomber sous les flèches.
Puis apparurent centaines de cavaliers sabre au clair, dont la livrée était similaire à celle qui partageait mon observation. Chose insolite, leurs mailles semblaient flotter dans le vent, seulement retenues par quelques brides et plaques polies au miroir.
Les plus beaux destriers d’Illis semblaient bien ternes face à leurs curieuses mais élégantes montures. Ces chevaliers montaient à cru, n’habillaient ni ne caparaçonnaient leurs chevaux.
Ils étaient tous rigoureusement semblables, d’une robe blanche inhabituellement ponctuée de balzanes cendre.
Exemple parfait d’homogénéité et de discipline, le corps d’armée s’orienta vers le plus important groupement d’hommes de l’Obscur.
Ici commençait le plus grand spectacle qu’il me fut donné de voir. Les destriers elfiques s’insinuaient à l’intérieur même des légions ennemies, se faufilant avec abnégation entre les piques, les haches ou armes paysannes. Puis les cavaliers abattirent au meilleur instant leurs lames. La cascade de scintillements provoquée par les spalières accompagnait le mouvement des sabres. A chaque instant, une nouvelle vie hérétique tombait, un nouveau serviteur de l’Infidèle se voyait cueillir la tête comme l’on cueille une fleur de printemps.
La cavalerie traversait ainsi la nuée humaine, pour faire demi-tour et s’y enfoncer à nouveau à revers.
Cette dernière ne mis pas longtemps à être mise en fuite, avant d’être promptement rattrapée et annihilée.
Puis, les chants se turent. Les tambours cessèrent de battre. La lumière devint à nouveau soutenable, nous laissant en observer la source. A ce moment, la fillette avait lâché ma main pour s’asseoir sur un rocher, au bord du vide, avant de me jeter un regard amusé. Nous assistions à ce moment à la fin d’une ère.

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MessageSujet: Re: Chroniques de la Grande Hérésie   Mer 4 Oct - 18:19

Chroniques de la Grande Hérésie, Tome VII (Thibault Clairfeux)

Là où Il posait le regard, le démon se tordait en d’abominables spasmes, hurlait de douleur jusqu’à s’arracher la peau du visage, avant de s’écrouler au sol.
Là où Il posait le pied, les sols s’ouvraient, absorbant dizaines d’Infidèles dans les entrailles de la terre.
Là où sa lame s’abattait, tout partait en éclats, en gerbes de débris et de sang, pour s’éparpiller à plusieurs pas au-delà.
Sa stature n’avait rien de commune. Il était grand comme deux hommes, peut être plus. Il portait haut lame et bouclier d’argent, de la plus délicate des factures. Semblable à ses armes, Il arborait une fine armure intégralement ciselée de volutes, ornement semblant évoluer à chaque nouveau mouvement, à chaque nouvelle frappe.
Un heaume recouvrait entièrement son visage, et aucune bannière, aucun blason ne l’identifiait, car il n’en avait nul besoin. Chacun savait qu’Il n’avait rien de commun avec les êtres peuplant notre terre, qu’Il était champion incontestable du Seigneur.
Mes côtes me lançaient depuis un moment, et je ne pouvais assister à notre victoire plus longtemps.
Je m’allongeais au sol en m’aidant de ma béquille, à l’endroit qui me semblait le moins humide. J’étais maintenant rasséréné sur l’issue des évènements.
Je ne tardais pas à trouver au-dessus de ma tête le visage espiègle de la gamine, qui me tendit une fiole sans dire un mot.
J’avalais la médecine en la remerciant comme je le pouvais, puis venais m’assoir à ses côtés sur son rocher. J’étais quelque peu sceptique sur les qualités du remède, tenant plus d’un jus aux fruits des bois, que de la traditionnelle et immonde médecine d’apothicaire.
La Horde ne tarda pas à battre en retraite. Nous la connaissions, mais le Tout Puissant démontrait pour la première fois sa suprématie sur chaque créature du monde.
La Meute grouillante lâchait ce qu’il lui restait d’armes, puis se précipitait dans un chaos indescriptible sur l’unique pont, ou dans la rivière, les précédents servaient alors de marchepied au suivant.
La rivière s’emplit bientôt de cadavres, d’agonisants, qu’elle avait le plus grand mal à charrier dans son flot. Ceci permit à quantités d’horreurs de se réfugier et de se regrouper au-delà.
L’ost elfique, à mon grand étonnement, ne suivait pas.
La gamine entreprit de descendre de son promontoire pour se rendre dans la vallée. Je décidais de l’accompagner, assez peu rassuré pour son sort, mais aussi pour le miens.
Les quelques hommes qui n’avaient pas péri se rassemblèrent également dans la vallée pour laisser éclater leur joie et louer leur sauveur. Malgré cette mise en fuite, je guettais toujours avec inquiétude l’autre rive de la rivière.
Les elfes se fixèrent sans un bruit sur la rive. L’Archange Amiel ne dit mot, ne réagit pas aux mots de dévotion des hommes euphoriques, et fixait avec constance l’autre rive.
Cette curieuse situation dura plusieurs minutes, me laissant ainsi le temps de rejoindre mes compagnons. La fillette avait disparu une fois arrivée dans la vallée, sans même que je m’en aperçoive.
Fait d’une sorcellerie dont la source m’était inconnue, la lumière qui inondait toute la région se limitait maintenant à notre rive. De l’autre côté, je ne pouvais même plus percevoir les créatures autrement que par leurs cris.
Les elfes y fixaient une vaste forme sombre, que j’avais d’abord prise pour un haut bosquet.
Puis Amiel s’enfonça dans les ténèbres.
Personne ne sait ce qu’il advint à ce moment.
Plus rien ne s’agitait, plus rien ne criait, d’un côté comme de l’autre. La brise portait un lourd parfum de fer et de terre, de sang et de mort. Du sol émergeaient les hampes de quelques étendards aux couleurs passées, étreintes par des bannerets dont la mort avait crispé les muscles des mains.
Le claquement de ces bannières dans le vent nous faisait régulièrement sursauter, cherchant alors du regard une vouivre revenue d’outre tombe.
Chacun restait debout face à la rivière, attendant un quelconque signe du Tout Puissant ou de son divin libérateur.
Puis la lassitude s’installa chez les hommes. Quelques elfes leurs offrirent des soins, de la nourriture ou des vêtements, sans jamais dire mot.
Lorsqu’ils eurent fini, les tambours raisonnèrent de nouveau, puis ils quittèrent le champ de bataille. Je ne revis jamais ces créatures du divin. Nous étions tout au plus une centaine d’humains, une poignée de chevaliers et quelques soldats aussi chanceux que moi.

L’Etre du Seigneur planta lame en terre.
Nous nous retournâmes tous vers la rive d’où provenait le bruit. Il ôta son heaume pour le placer à côté.
Il délaça puis retira seul son harnois en gestes lents et posés. Cette armure ne resplendissait plus autant, les volutes qui couraient à sa surface semblaient à nouveau figées dans la masse.
L’écu, que je jure avoir vu à son bras gauche, avait quand à lui disparu.
Il posa genou à terre, notre respect nous imposa de faire de même.
Enfin, il trempa une main dans l’eau pourpre de la rivière.
De celle-ci émergea une intense lumière, la plus intense que nous ayons vu, celle de mille soleils embrasant la vallée, puis toutes nos terres. Chacun, où qu’il soit en notre royaume, l’avait aperçue, en avait été imprégné, puis baigné.
Nous ne pouvions même plus en soutenir le regard, jusqu’à ce que tout s’interrompe.
Amiel avait disparu, laissant seulement une rivière à l’eau pure, et bénie du Seigneur.

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Dernière édition par le Mer 4 Oct - 18:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chroniques de la Grande Hérésie   Mer 4 Oct - 18:20

A la suite de ces évènements, Thibault Clairfeux décida d’entrer dans les ordres. Il en fut de même pour chacun des survivants présents lors du dénouement de la Grande Hérésie.
Le Seigneur rappela Thibault à lui quelques temps après, ce dernier mourut d’une fluxion sur le chantier qui allait donner naissance au monastère d’Olspring.
Il repose aujourd’hui encore sous le pavage de la grande chapelle du monastère, comme tous les membres fondateurs du lieu.

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